mardi 22 août 2017

Prière

Notre Père qui es aux cieux,
Que ton nom soit sanctifié,
Que ton règne vienne,
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour.
Mais surtout, donne-nous l'appétit qui nous fait attendre ce pain,
Que tous les jours, un petit creux en nous vienne nous redire que nous avons faim d'autre chose.
Amen

(c) Sud Ouest

lundi 21 août 2017

Parafout'bole

- Dis-moi, mon chaton...
- Mmmmiiioui ?
- Miiaaaah ?
- Oui. D'un exégète, qui dit que les talents, il ne faut pas les entendre comme la langue française les désigne.
- ???
- Oui, en français, un talent, c'est la capacité de quelqu'un à faire quelque chose de particulier. En gros.
- Miiioui ?
- Lui, il rappelle qu'en grec, le mot n'a pas du tout ce sens-là. D'ailleurs, dans la version de Luc, il ne s'agit même pas d'un talent, mais d'une mine. Chez Matthieu, le mot utilisé, c'est talanton, ou talanta au pluriel, dérivé d'un verbe qui signifie "porter". En réalité, le talent n'était justement pas une monnaie portable, comme une pièce qu'on glisserait dans une poche. Ca, c'était plutôt la drachme, qui correspondait au salaire d'un ouvrier pour une journée. Une mine valait 100 drachmes. Le talent valait 6000 drachmes, c'est-à-dire vingt années de travail environ. Celui des trois qui avait reçu une mine, et à plus forte raison un talent, n'avait donc pas de quoi se plaindre : c'était une fortune ! Et lui est allé enterrer cet argent (métaphoriquement, parce que pour enterrer une telle somme en monnaie il aurait fallu une pelleteuse). Tu ferais quoi, toi, si on te donnait l'équivalent de vingt ans de salaire?
- Je suis un chat. Les croquettes, ça pousse pas dans les champs.
- Oui, pardon. Alors moi, je ferais quoi ? en fait comme ça, je ne peux même pas répondre, parce que j'en aurais pour des jours et des semaines à rêver à ce que je pourrais faire avant de faire quelque chose, mais ce qui est sûr, c'est que ça m'ouvrirait des perspectives effarantes sur l'avenir ! Lui, non, ça ne le fait pas rêver, ça lui fait peur. 
- Mais il est fou, ce maître, non ? ... pfffhiihihi...
- Qu'est-ce qui te fait rire ?
- J'imagine la tête des gens bien pensants qui voudraient exiger des "bénéficiaires" des minimas sociaux qu'ils rendent compte de ce qu'ils en font... ils devraient un peu lire la Bible, tiens ! 
- Mais d'où tiens-tu ta connaissance des rouages de l'humanité, mon chat ? 
- Je me tiens au courant de l'actualité.
- Ah. Ca promet.
- Miooui. Bon, et après, avec ta fortune, là ?
- Oui. Alors cette fortune, c'est ce qui met en route l'imagination, l'émerveillement, l'ouverture de tous les horizons et de toutes les audaces. La parabole nous dit que c'est une fortune inimaginable qui est donnée par Dieu à chacun, quelque chose qui n'a pas de prix, un trésor qu'il se risque à confier. Et pour chacun, tout l'enjeu est de réaliser l'immensité du cadeau, sans en avoir peur pour autant. Quand on n'a pas confiance, on a peur d'être jugé : si on n'a pas confiance en Dieu, on aura peur de faire des bêtises avec ce qu'il nous confie, et on préférera faire comme si on ne l'a jamais reçu.
- C'est paradoxal, non ?
- Quoi ? de faire comme si on ne l'a pas reçu ?
- Ben oui. M'a tout l'air que c'est ça, le jugement.

Philippe Priasso, duo pour danseur et pelleteuse





samedi 19 août 2017

Job en son malheur

"Pourquoi Dieu donne-t-il la lumière à celui qui peine, et la vie aux ulcérés ? 
Ils sont dans l’attente de la mort, et elle ne vient pas, ils fouillent à sa recherche plus que pour des trésors. 
Ils seraient transportés de joie, ils seraient en liesse s’ils trouvaient un tombeau. 
Pourquoi ce don de la vie à l’homme dont la route se dérobe ? Et c’est lui que Dieu protégeait d’un enclos !
Pour pain je n’ai que mes sanglots, ils déferlent comme l’eau, mes rugissements. 
La terreur qui me hantait, c’est elle qui m’atteint, et ce que je redoutais m’arrive. 
Pour moi, ni tranquillité, ni cesse, ni repos. C’est le tourment qui vient." (Livre de Job 3,20-26)

Jean Fouquet, Livre d'heures d'Etienne Chevalier (1450)
Musée Condé, Chantilly

Je suis un nouveau Job... Toi tu es toujours Dieu. Toi qui sais tout, qui peut tout, qui veut tout, pourquoi me laisser dans ces ténèbres ? Pourquoi me laisser souffrir dans ce corps à bout, à bout de force, à bout d’espérance ? Pourquoi, Seigneur ? Parle ! Parle...
Je te dis que je voudrais mourir et tu ne frissonnes même pas ! Je te dis que je suis terrorisé face à ce qui m’arrive et tu te tais... Mon Dieu, consens au moins à mettre toi-même un terme à mes souffrances, écrase-moi de ta main, achève mes jours... Et je me réjouirai de ce que jamais mes lèvres n’auront péché contre toi.
Si seulement j’étais mort avant d’avoir vécu ! Si seulement tu m’avais donné de mourir avant ma naissance... Je n’aurais pas connu la douceur et la tendresse, ni l’amour des miens, je n’aurais pas connu la nourriture et l’eau du ciel, je n’aurais jamais monté ma tente pour y recevoir mes amis, je n’aurais jamais contemplé le désert à perte de vue... Mais je n’aurais pas souffert et rien ne m’importe, plus rien, aujourd’hui, que de ne plus souffrir...
Pourquoi, mon Dieu ? Pourquoi m’imposer ces souffrances, cette solitude, cette déchéance ? Je ne comprends pas. J’ai si mal que mes yeux se ferment, si faim de douceur que ma peau se rétracte, si soif de paix que mes mains se tendent vers toi, mais elles restent vides, car tu te tais... Je le sais pourtant, j’en suis sûr, que tu peux mettre un terme à tout ça ! Alors pourquoi ? Pourquoi cette souffrance, et pourquoi ce silence ?
Il est terrible, ton silence, Seigneur. Hier encore je t’entendais dans le souffle de la nuit, dans le rire de mes enfants. Je te voyais parcourir les cieux et sourire sur ton serviteur. Je sentais ta force dans l’ouragan et j’imaginais que toujours, tu serais là auprès de moi. Tu veillais sur moi ; ta lampe brillait sur ma tête et dans la nuit j’avançais à sa clarté. Je ne craignais pas le chemin escarpé car je sentais ta main sous mon pied. Je sentais les pierres rouler sous mes pas, mais ta main retenait la mienne lorsque je trébuchais. Lorsque le soleil se levait, je pensais à ta splendeur. Lorsqu’il se couchait, je bénissais ton nom. A chaque instant du jour et de la nuit, ta présence m’accompagnait et chaque matin était une bénédiction, et chaque nuit un repos. Que j’aimais entendre mes enfants rire ! j’entendais le rire de Dieu. Que j’aimais voir ma femme sourire ! c’était le sourire de Dieu.
Seigneur, la douleur n’est rien. La perte n’est rien. Mais la solitude... Ne plus sentir ta présence dans ma vie, voilà ce qui est le pire dans cette vie que tu me donnes. Pourquoi ? Que t’ai-je fait pour que tu me tournes le dos ? N’étions-nous pas heureux ensemble ? Est-ce que j’ai mal fait ? Est-ce que je me suis trompé ? Est-ce que dans ma présomption, je t’ai voulu autre que tu n’es ? Je suis Job, et tu es Dieu. Est-ce que je me suis trompé ? Est-ce que je me suis pris pour toi ? Est-ce une punition parce que j’ai voulu me prendre, moi l’humain misérable, pour toi, le Dieu magnifique et puissant ? Mais non Seigneur, je ne crois pas ! Je n’ai jamais péché contre toi, je le sais bien !
Alors quoi, est-ce que je me suis trompé ? Est-ce que tu es désormais un Dieu absent ? Es-tu pour toujours silencieux ?
Et vous, vous mes amis, les théologiens qui venez me consoler aujourd’hui, pourquoi êtes-vous là ? Qui êtes-vous venus sauver ? Dieu, ou moi ? Qui voulez-vous défendre quand vous me consolez ? Vous vous êtes assis près de moi et vous vous êtes tus de douleur, pendant sept jours et sept nuits, partageant mon souffle et mon désespoir.
Ensuite vous avez commencé à me consoler, et vous n’avez qu’ajouté à mes souffrances. S’il-vous-plaît, taisez-vous. J’essaie d’entendre Dieu. Taisez-vous, il est peut-être dans la voix ténue qui passe, dans le souffle du soir. Taisez-vous, par pitié, arrêtez de me consoler ! Je n’ai pas besoin de consolation, j’ai besoin d’être seul avec Dieu. Venez être seuls avec Dieu avec moi, c’est tout ce que je vous demande. Taisons-nous ensemble.
Je suis sûr, moi, que Dieu n’a pas besoin d’être défendu. Oui sans doute, il me soumet à sa volonté. Oui il est silencieux alors que je hurle vers lui que j’attends sa parole. Oui, il se tait encore. Mais je ne veux pas d’un Dieu qui ne tient que par les humains. Je refuse un Dieu qui ne dépendrait pour son existence que des paroles de ses théologiens... 

vendredi 18 août 2017

Dieu ou idole ?

Martin Luther, lorsqu'il commente la première ligne des dix commandements, "Tu n'auras pas d'autres dieux", écrit ceci : 

Cela veut dire: c'est moi seul que tu considéreras comme ton Dieu. Qu'est-ce que cela signifie, et comment faut-il le comprendre ? Qu'est-ce qu'avoir un dieu, ou qu'est-ce que Dieu ? Réponse : Un dieu, c'est ce dont on doit attendre tous les biens et en quoi on doit avoir son refuge en toutes détresses. De telle sorte qu'avoir un dieu n'est autre chose que croire en lui de tout son coeur et, de tout son coeur, mettre en lui sa confiance. Comme je l'ai dit souvent, la confiance et la foi du coeur font et le Dieu et l'idole. Si la foi et la confiance sont justes et vraies, ton Dieu, lui aussi, est vrai, et inversement, là où cette confiance est fausse et injuste, là non plus n'est pas le vrai Dieu. Car foi et dieu sont inséparables. Ce à quoi tu attaches ton coeur et tu te fies est, proprement, ton dieu.

Grand catéchisme
commentaire du premier commandement

En hommage, bien sûr

jeudi 17 août 2017

Le risque de l'hospitalité

Il parcourait les villages d'alentour en enseignant. Ayant appelé les Douze, il se mit à les envoyer deux à deux, en leur donnant autorité sur les esprits impurs. Il leur enjoignit de ne rien prendre pour la route, sinon un bâton seulement. Ni pain, ni sac, ni monnaie de bronze à la ceinture, mais, disait-il, chaussez-vous de sandales et ne mettez pas deux tuniques. Il leur disait encore : Lorsque vous serez entrés dans une maison, demeurez-y jusqu'à ce que vous quittiez l'endroit. Et si quelque part les gens ne veulent pas vous accueillir ni vous écouter, en partant de là, secouez la poussière de vos pieds, ce sera pour eux un témoignage. Il partirent, et annoncèrent qu'il fallait changer radicalement. Ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des applications d'huile à beaucoup de malades et les guérissaient. (Mc 6,6b-13)

Si on ne vous écoute pas, n'insistez pas. Secouez la poussière restée sur vos pieds, et partez. 
Secouer la poussière restée sur vos pieds, c'est faire remarquer (assez peu subtilement) que personne ne vous a donné l'hospitalité, qui consiste à offrir l'occasion de se laver les pieds pour enlever la poussière du chemin et à donner le gîte et le couvert. C'est un geste visible, qui permet à tous les protagonistes de prendre acte du fait que l'impératif d'hospitalité n'a pas été respecté. Les voyageurs doivent reprendre la route. 
L'hospitalité, c'est toujours une histoire de confiance, un pari sur la confiance. Ceux qui arrivent doivent prendre le risque de faire confiance à quelqu'un qu'ils ne connaissent pas, en lui demandant quelque chose qu'ils ne lui rendront pas - un toit, de la nourriture, de l'eau, la paix - et donc de rester en dette envers des inconnus. Et ceux qui accueillent doivent prendre le risque de donner ce qu'ils n'ont peut-être pas en abondance, sans espoir d'y gagner quelque chose, mais avec le risque de faire entrer de potentiels ennemis chez eux. Prendre le risque de la confiance, c'est au coeur même de l'hospitalité, pour tous les protagonistes. 
C'est à ce risque-là que Jésus convie ceux qui le suivent. Le risque de l'hospitalité. En leur donnant la possibilité, si cette hospitalité ne leur est pas accordée, de le constater, de le faire constater, de ne pas s'appesantir et de continuer la route.
Nos routes humaines ressemblent à ça. Nous sommes forcés de faire confiance, dès notre premier instant sur terre. Et parfois, nous sommes trahis. Parfois, ça manque de nous tuer, physiquement ou plus subtilement. Et pourtant, être en vie, c'est forcément faire le pari de la confiance. 
Il reste à savoir comment nous vivons ce chemin. Porteurs de mots qui nous dépassent, pour annoncer autre chose que nous-mêmes ? Ou enfermés dans une coquille, bardés de notre fortune, de notre confort, avec tous les moyens modernes pour nous protéger de l'autre, et toujours infiniment méfiants ? 
Et vous pouvez toujours soupirer en disant "si j'avais (assez) la foi, ce serait possible"... ce n'est pas vrai ! Le petit bout de verset qui précède le passage ci-dessus, c'est "Jésus s'étonnait de leur manque de foi". Et c'est pourtant précisément ceux-là qu'il envoie s'aventurer à la confiance...

Bible de Luther

mercredi 16 août 2017

La grâce, la grâce, la grâce !

Vous en avez marre de ces protestants qui sautent sur leur banc comme des cabris en disant "la grâce, la grâce, la grâce !" ? Vous en avez marre qu'on vous dise que c'est Dieu qui sauve, c'est Dieu qui agit, c'est Dieu qui console, parce que vous trouvez que c'est complètement démobilisateur, et que plus personne ne voudra plus rien faire puisque ça ne sert à rien vu qu'il fait déjà tout, et même qu'il a déjà tout fait ? 
C'est vrai, c'est agaçant (enfin, si vous connaissez suffisamment le monde des Eglises, sinon ça vous laisse probablement de marbre). C'est précisément ce qui était reproché aux Réformateurs, dont Martin Luther. 
En même temps, est-ce qu'on refuse de continuer à manger parce que ça ne sert à rien, vu que demain on aura encore faim ? Non bien sûr. Ca reste utile, et même agréable, de manger, même si, au fond, ça n'empêche pas la faim de revenir et en ce sens, ça ne "sert à rien", ça ne règle rien. Au jour le jour, manger est utile et même vital, comme au jour le jour, agir dans ce monde est utile et même vital - mais nous ne sommes pas maîtres pour autant de la fin de la faim ni de l'utilité ultime de nos oeuvres. 
C'est assez libérateur, parce que ça laisse la place pour se tromper… et reprendre du gâteau au chocolat.


mardi 15 août 2017

Prière

Notre Père qui es aux cieux,
Que ton nom soit sanctifié,
Que ton règne vienne,
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Tu libères en créant,
Tu mets de l'oxygène là où il n'y en avait plus
Dans les hauteurs de ton ciel
Dans les misères et les beautés de notre terre
Tu nous donnes la liberté d'oser à nouveau
D'écouter à nouveau
De vivre à nouveau
De pardonner à nouveau
D'espérer le nouveau
D'être émerveillés à nouveau
Notre Père,
Viens nous libérer en créant toujours à nouveau,
Sur la terre comme au ciel
Amen