dimanche 27 mai 2018

Commandements

Un des scribes, qui les avait entendus débattre et voyait qu'il leur avait bien répondu, vint lui demander : Quel est le premier de tous les commandements ? Jésus répondit : Le premier, c'est : Ecoute, Israël ! Le Seigneur, notre Dieu, le Seigneur est un, et tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ton intelligence et de toute ta force. Le second, c'est : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n'y a pas d'autre commandement plus grand que ceux-là. Le scribe lui dit : C'est bien, maître ; tu as dit avec vérité qu'il est un et qu'il n'y en a pas d'autre que lui, et que l'aimer de tout son cœur, de toute son intelligence et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, c'est plus que tous les holocaustes et les sacrifices. Jésus, voyant qu'il avait répondu judicieusement, lui dit : Tu n'es pas loin du royaume de Dieu. Et personne n'osait plus l'interroger. (Mc 12,28b-34)

Le premier commandement, c’est « Ecoute, Israël ! » : ça s'adresse à plusieurs, rassemblés. Le premier commandement c’est, ensemble, d’écouter la Parole de Dieu qui se fraye un chemin vers nous. Mais il y a plus à ce premier commandement : le Seigneur, notre Dieu est UN. Nous sommes nombreux, mais lui est unique. Et c’est lui qui nous rassemble. Si nous l’oublions, l’Eglise devient un club privé pour des gens qui aiment bien se retrouver de temps en temps. La seule chose qui fonde l’Eglise, c’est de ne jamais oublier que nous sommes un peuple appelé par Dieu. Et ce premier commandement se conclut ainsi : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ton intelligence et de toute ta force. » Il n’y a pas un seul aspect de notre vie, personnelle ou collective, que nous pourrions mettre de côté dans notre relation à Dieu. C’est toute notre vie, tout notre cœur, toute notre intelligence, toute notre force, individuelle et collective, qui est appelée à être tournée vers Dieu.
Et puis il y a ce second commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Ce n’est pas facile, parce que c’est difficile de s’aimer soi-même, surtout lorsqu’on passe par des moments difficiles où on ne sait plus trop qui on est. Aimer l’autre, s’aimer les uns les autres, c’est pourtant le commandement évangélique auquel on pense le plus quand on pense à Jésus. Il a passé son temps à le marteler, et ceux qui sont venus ensuite ont fait en sorte qu’on ne l’oublie pas. Tous les livres du Nouveau Testament y font référence. 
Aimer Dieu, s’aimer les uns les autres : si l’Eglise oublie ça, elle n’est plus une Église. Il n’y a pas d’institution parfaite. Mais tous les dimanches, c’est le cœur de nos célébrations : aimer Dieu, s’aimer les uns les autres, c’est notre vie. Qu'il nous soit donné à tous de vivre cet amour-là, en abondance. 
Et puis il y a cette dernière phrase... "personne n'osait plus l'interroger". Dans chacun des quatre évangiles, à un moment ou à un autre, on trouve cette idée que ceux qui entourent Jésus n'osent pas le questionner. Et franchement, ça me chiffonne (quant à mon chat, curieux comme il est, je n'ose même pas lui en parler). Il y a un moment où la curiosité n'a plus de mots. Faudrait-il insister ? ou est-ce une ouverture à la réflexion silencieuse, dans les replis secrets du coeur ? Les deux sans doute : risquer la lecture toujours reprise, à l'écoute d'une voix venue d'ailleurs, et en même temps accepter le temps du silence (même vexé, même furieux), à l'écoute d'un murmure qui germe discrètement. 


jeudi 24 mai 2018

Dialogues homilétiques (3)

Quelques personnes sont en train de discuter de l'art de la prédication. La question se pose : qu'est-ce qui, de la forme ou du fond, doit être prioritaire ? Et si ce n'était pas la bonne question ?

Moderne – Si vous permettez, messieurs, je pense que vous vous trompez tous les deux. Comme le dit l'auteur Fred B. Moderne (quel nom magnifique) dans un livre sur l'art de prêcher en 1991 : « La prédication c’est tout ensemble la Parole et les mots. Celui qui nie toute relation entre ses mots à lui et la Parole de Dieu, soit par sentiment d’humilité, soit par refus d’assumer l’autorité et la responsabilité du ministère, enlève à la prédication son objet et la place qui lui revient. En revanche, celui qui, lorsqu’il prêche, identifie ses propres mots à la Parole de Dieu, se revêt du rôle qui revient à Dieu. Rien de permet de justifier cette prétention. Ce que le prédicateur doit faire, c’est se servir des mots que sa culture et sa tradition mettent à sa disposition, choisir les plus clairs, les plus vivants et les plus appropriés, les arranger de façon à transmettre la vérité et à susciter l’intérêt, et les offrir à Dieu dans son sermon. Et c’est Dieu qui façonnera les mots pour en faire sa Parole. »
Témoin – Nous touchons ici à une question théologique fondamentale, il me semble. Monsieur le Héraut affirme que la Parole de Dieu doit s’exprimer à travers le prédicateur. Madame, vous dites qu’il revient au prédicateur la tâche ô combien importante de transmettre un message aux auditeurs dans un langage qu’ils puissent comprendre. Ce qui est en débat, c’est ni plus ni moins la théologie de l’incarnation ! La Parole de Dieu ne peut pas arriver toute crue de l’extérieur de l’humain, elle lui arrive dans son humanité, par les mots qu’ils comprend. Je me souviens qu’à la grande époque de Karl Barth, Karl Rahner, le théologien catholique, parlait de la prédication comme ce qui rend explicite ce qui est déjà présent dans l’obscurité. A propos de Barth, il disait même : « Seul un protestant, théologien de la plus extrême et obscure dialectique, pourrait maintenir que la grâce divine, la rédemption, la promesse de notre libération, la lumière et l’amour de Dieu sont tellement dans l’au-delà que personne ne pourrait les expérimenter ici-bas ; bien au contraire tout discours humain, par son caractère d’absolu paradoxe, témoigne de la Parole et de la Réalité de Dieu. » En d’autres termes, il ne faut jamais oublier le contexte en matière de prédication. Toutes les choses « humaines » ont une importance, même si c’est bien le Christ qui est présent dans la prédication.
Didacticien – J’ai une citation, moi aussi ! De Heinz Zahrnt : « D’un côté, sans la [théologie barthienne] la prédication de nos jours ne serait pas si pure, si biblique, si stimulante ; d’un autre côté elle ne serait pas si dramatiquement correcte, si ennuyeusement précise et si éloignée du monde. » Ha ha ! Il n’y a pas que moi qui suis ennuyeusement précis !
Héraut – N’empêche... La foi vient par l’écoute, c’est quand même pas moi qui le dis !
L'étudiant en théologie – Et voilà, il y a toujours un moment où quelqu'un se met à citer Paul. Toujours... 

(à suivre)

mercredi 23 mai 2018

Dr Woustache

- Mon chaton, si tu pouvais voyager dans le temps, tu irais où et quand ?
- Mon humaine, si je pouvais voyager dans le temps, le monde serait bien différent.

(Parfois, il vaut mieux ne pas chercher à savoir).

(c) P. Geluck

lundi 21 mai 2018

"Il nous faut des chrétiens fous !"

Vous avez peut-être suivi, ou lu depuis, le sermon du prêtre épiscopalien Michael Curry, lors du mariage princier samedi dernier. Je vous propose ici la traduction d'un sermon prononcé par lui en juillet 2012 et dont vous trouverez le texte original ici (clic)

Aujourd'hui, nous nous souvenons de Harriet Beecher Stowe, une femme qui a manié les mots pour libérer les esclaves. Je reparlerai d'elle un peu plus tard, mais pour l'instant, je rappellerai simplement qu'en 1943-44, une pièce de théâtre lui a rendu hommage sur Broadway. Ça s'appelait "Harriet", et Helen Hayes jouait Harriet Beecher Stowe. A la fin de la pière, sa famille se tient autour de Harriet et chante "The Battle Hymn of the Republic" pour rappeler le témoignage chrétien de cette femme aussi courageuse que téméraire. Je vous rappelle certaines paroles de ce cantique : 

Dans la beauté des lys, Christ est né au-delà des mers
Porteur d'une gloire qui nous transfigure, vous et moi
Il est mort pour rendre saints les hommes, mourons pour les rendre libres
Dieu, lui, continue à venir (God is marching on)
Glory, glory, hallelujah!
Sa vérité continue à venir (his truth is marching on)

J'ai choisi comme texte pour aujourd'hui ces mots de l'évangile selon Marc (Marc 3,19-21) : "Alors [Jésus] rentre à la maison, et la foule se réunit à nouveau, à tel point qu'ils ne pouvaient même pas manger. Ayant entendu cela, ceux de chez lui (sa famille) s'en allèrent le saisir. En effet, les gens se disaient : Il est fou." 

Il y a plusieurs traductions possibles pour ce passage ; la King James Version évoque l'inquiétude de la famille de Jésus avec les mots : "Il est à côté de lui-même" (beside himself). La vieille version J.B. Phillips traduit : "Les gens disaient : Il doit être fou !" Ma préférée, dans la Contemporary English Version, dit ceci : "Lorsque la famille de Jésus entendit ce qu'il faisait, ils pensèrent qu'il était fou et ils allèrent le chercher pour qu'il soit sous contrôle". 

Pardonnez-moi de le dire ainsi, mais Jésus était, et est, fou ! Non seulement ça, mais en plus tous ceux qui choisissent de le suivre, ceux qui veulent être ses disciples, ceux qui veulent vivre et être en chemin avec lui, sont appelés, convoqués, mis au défi d'être aussi fous que Jésus ! Aujourd'hui, je veux vous dire ceci : "il nous faut plus de chrétiens fous". 

Je ne veux pas être trop rapide à juger la mère et toute la famille de Jésus. Après tout, ils avaient de bonnes raisons d'être inquiets. Nous avons lu tout à l'heure, en 1 Pierre, un passage qui fait écho à ce que Jésus enseignait dans le Sermon sur la Montage : "Ne rendez pas le mal pour le mal, ni l'insulte pour l'insulte, au contraire, bénissez car c'est à cela que vous avez été appelés pour que vous héritiez de la bénédiction" (1 Pi 3,9). C'est fou. Dans la lecture de l'évangile selon Matthieu il y a quelques minutes, Jésus dit : "Le plus grand d'entre vous sera votre serviteur" (Mt 23,11). C'est fou. 

Ce que le monde dit malheureux, Jésus dit béni. Bénis les pauvres et les pauvres en esprit. Bénis ceux qui sont pleins de compassion. Bénis ceux qui ont soif et faim de l'avènement de la vraie justice de Dieu. Bénis ceux qui oeuvrent pour la paix. Bénis êtes-vous lorsque vous êtes persécutés pour avoir essayé d'aimer et de faire le bien. Jésus était fou. Il disait "Aimez vous ennemis, ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous utilisent avec malveillance". Il était fou. Il priait pendant que les gens l'assassinaient : "Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font." Ça, c'est complètement fou.

Il nous faut des chrétiens qui soient aussi fous que le Seigneur. Assez fous pour aimer comme Jésus, pour donner comme Jésus, pour pardonner comme Jésus, pour faire justice, pour aimer la compassion, pour marcher humblement avec Dieu - comme Jésus. Assez fous pour oser changer le monde, du cauchemar qu'il est souvent, en rêve que Dieu rêve pour lui. Et pour ceux qui veulent le suivre, pour ceux qui veulent être ses disciples, ceux qui veulent vivre et le suivre sur le chemin ? Ça sera peut-être un choc pour vous, mais nous sommes appelés à la folie. 

Laissez-moi vous parler d'un exemple de cette folie dans le Nouveau Testament : Marie de Magdala, Marie-Madeleine. Pour une raison ou pour une autre, on lui fait souvent une sale réputation. Mais rappelez-vous de la crucifixion de Jésus. L'empire romain crucifiait les gens pour des crimes contre l'État. C'était une torture publique, une peine capitale volontairement brutale, une exécution destinée à faire passer le message que la révolution et les révolutionnaires ne seraient pas tolérés. Si vous étiez un proche ou un disciple d'une personne qui se faisait crucifier, il n'était pas prudent de rester trop près lors de la mise à mort. La seule chose sensée à faire, c'était d'aller se cacher ou de partir en exil. 

Ceci étant dit, faisons le compte de ceux que Jésus avait appelés à le suivre : Simon Pierre ? absent. Jacques ? absent. André ? absent. Barthélemy ? absent. Thomas ? absent. Judas ? vraiment absent. Marie-Madeleine ? présente et bien présente ! Voilà ce qu'est une disciple ! Lorsque les esclaves chantaient "Were you there when they crucified my Lord?" ("étiez-vous là, lorsqu'ils ont crucifié mon Seigneur ?"), il y avait cette femme, Marie, qui pouvait vraiment répondre "J'étais là !" Ça, c'est vraiment fou ! 

Ça peut paraître évident, mais nous avons un jour spécial pour nous souvenir des chrétiens fous. Je crois que ça s'appelle la Toussaint, le jour de tous les saints. Ça ne s'appelle pas "le jour des gens tous pareils", c'est le jour de tous les saints, parce que, même s'ils sont faillibles et mortels et des pécheurs comme le reste d'entre nous, lorsqu'il le fallait, ceux que nous honorons comme des saints ont commencé à marcher au son d'un autre tambour. Durant leur vie, ils ont fait quelque chose qui comptait pour le royaume de Dieu. Comme vous le savez, nous sommes en train d'écrire un livre qui servira à nous souvenir d'eux ; nous l'avons appelé "Saintes femmes, Saints hommes", mais on aurait tout aussi bien pu l'appeler "Les chroniques des chrétiens fous".

Une des personnes que nous célébrons dans ce livre est Harriet Beecher Stowe, une descendante de Marie-Madeleine. Elle est née en 1811, dans une famille pieuse consacrée à l'Évangile de Jésus et à la transformation d'un monde, du cauchemar qu'il est trop souvent, en un rêve que Dieu prévoit pour lui. Elle est surtout connue pour un ouvrage de fiction, La cabane de l'oncle Tom.

Dans cette fiction, elle disait la vérité. Elle raconte l'histoire de la façon dont l'esclavage accablait une famille, accablait des vrais gens. Elle dit la vérité sur la brutalité, l'injustice, l'inhumanité de l'institution de l'esclavage. Son livre a eu le même rôle que les vidéos sur YouTube qui rapportent les injustices et les brutalités d'aujourd'hui. Il est devenu viral au 19e siècle. Il a permis aux abolitionnistes de faire front commun et il a rendu fous de rage ceux qui avaient un intérêt personnel à ce que l'esclavage existe. L'influence de ce livre a été si grande que lorsque Abraham Lincoln a rencontré Harriet Beecher Stowe, il aurait dit "Voilà donc la petite dame qui a commencé cette grande guerre !"

Une femme de cette époque était supposée écrire de gentilles petites histoires, pas des histoires qui allaient perturber la conscience de toute une nation. Elle était supposée bien se marier, élever des enfants bien élevés, participer à quelques activités charitables et devenir un doux souvenir pour tous ceux qui l'avaient connue. Voilà quelle vie elle était supposée vivre. Mais elle était née dans une famille qui croyait que suivre Jésus signifiait changer le monde, du cauchemar qu'il est souvent, en rêve que Dieu a prévu. Et ça signifie parfois marcher au son d'un autre tambour. Parfois, ça implique de se préoccuper de quelque chose ou de quelqu'un alors qu'il est tentant de s'en détourner, ou de se lever alors que les autres s'assoient. Parfois, ça signifie parler alors que les autres se taisent. Parfois, ça signifie être différent, ou même fou. 

Lorsque Steve Jobs, un des fondateurs d'Apple, est mort l'an dernier, une vieille publicité pour Apple des années 90 est devenue virale sur YouTube. Elle était sortie en 1997 pour essayer de redéfinir la marque. Le slogan pour cette pub et pour la marque, c'était "Think different" ("Pensez différent"), une expression grammaticalement incorrecte, ce qui est justement le but de la manoeuvre, au moins en partie. On y voit un montage de photos et de bouts de films de gens qui ont consacré leur vie à inventer, inspirer, créer et se sacrifier pour rendre le monde meilleur, pour faire une différence. On y voit Bob Dylan, Amelia Earhart, Frank Lloyd Wright, Maria Callas, Muhammad Ali, Martin Luther King Jr., Jim Henson, Albert Einstein, Pablo Picasso, Mahatma Gandhi, et bien d'autres. Pendant que les images défilent, on entend ce poème : 

"Pour tous ceux qui sont fous. Les inadaptés. Les rebelles.
Les fauteurs de troubles. Ceux qui ne rentrent pas dans les cases.
Ceux qui voient les choses autrement. Ceux qui n'aiment pas les règles du jeu.
Ceux qui détestent le statu quo.
Vous pouvez les citer, les dénigrer, les glorifier ou les vilipender.
La seule chose que vous ne pouvez pas faire, c'est les ignorer.
Parce qu'ils font changer les choses.
Ils poussent la race humaine vers l'avenir.
Certains voient y des fous, nous voyons du génie.
Parce que ceux qui sont assez fous
pour croire qu'ils peuvent changer le monde
sont ceux qui le font."

Il nous faut des chrétiens fous. Le christianisme sain, aseptisé, est en train de nous tuer. Ça marchait peut-être à une époque, mais il n'y a plus d'Évangile là-dedans aujourd'hui. Il nous faut des chrétiens fous, comme Marie-Madeleine et Harriet Beecher Stowe. Des chrétiens assez fous pour croire que Dieu est bien réel et que Jésus est bien vivant. Assez fous pour s'engager sur le chemin radical de l'Évangile. Assez fous pour croire que l'amour de Dieu est plus grand que tous les pouvoirs du mal et de la mort. Assez fous pour croire, comme le disait souvent Martin Luther King, que "the arc of the moral universe is long, but it bends toward justice" ("l'univers moral fait une courbe très longue, mais qui tend vers la justice").

Il nous faut des chrétiens assez fous pour croire que les enfants ne sont pas obligés d'aller se coucher le ventre vide ; que le monde n'est pas obligé d'être comme il est trop souvent ; qu'il y a moyen de poser nos épées et nos boucliers au bord de l'eau et que, comme les esclaves le chantaient, "il y a plein de place dans le royaume de mon Père", parce que tous les êtres humains ont été créés à l'image de Dieu, et que nous sommes tous à égalité des enfants de Dieu qui doivent être traités en enfants de Dieu. 

Dans la beauté des lys, Christ est né au-delà des mers
Porteur d'une gloire qui nous transfigure, vous et moi
Il est mort pour rendre saints les hommes, mourons pour les rendre libres
Dieu, lui, continue à venir
Glory, glory, hallelujah!
Sa vérité continue à venir !


dimanche 20 mai 2018

Pentecôte

Aujourd'hui, nous célébrons le souffle de l'Esprit. C'est le jour des confirmations (et je pense tout particulièrement à ceux que j'ai pu accompagner à cette occasion), c'est le jour d'une communion renouvelée. Il y a des textes "classiques" qui sont lus aujourd'hui, et d'autres un peu moins, comme celui-ci, à la fin de la lettre de Paul aux Galates :

"Celui qui sème pour satisfaire ses propres intérêts récoltera les fruits pourris de ses propres intérêts ; celui qui sème pour l'Esprit moissonnera, par l'Esprit, la vie éternelle. Ne nous lassons pas de faire le bien : en restant solides, au moment voulu, nous moissonnerons. Aussi, pendant que nous en avons encore l'occasion, faisons le bien pour tous, surtout pour ceux qui nous sont proches par la foi." (Ga 6,8-10)

Pouvoir faire le bien, c'est un cadeau qui nous est fait : c'est savoir que nous sommes libres de semer autour de nous l'amour plutôt que la haine, la bienveillance plutôt que la malveillance, le soin de l'autre plutôt que le soin de soi-même. C'est une liberté qui n'est pas donnée à tous le monde. C'est une liberté fragile, parce que nous sommes souvent tentés de la vivre à l'envers, en essayant de l'acheter plutôt que d'en vivre comme un cadeau. C'est une liberté qui doit s'exercer, comme un muscle, pour ne pas disparaître. Aujourd'hui nous disons que l'Église est ce lieu où nous pouvons exercer ce muscle-là, expérimenter concrètement ce que signifie l'amour reçu et partagé, pour pouvoir s'y risquer plus loin aussi. "Faire le bien", ça peut alors s'entendre comme une oeuvre d'art, quelque chose de beau qui vient interpréter le monde pour lui donner de nouvelles couleurs, pour pouvoir le comprendre autrement, ouvrir de nouvelles portes et de nouvelles fenêtres. 
Nous en avons encore l'occasion : au coeur du monde qui est le nôtre, du temps qui est le nôtre, nous pouvons goûter à la vie éternelle lorsqu'elle surgit. 
Que chacun et chacune reparte aujourd'hui avec au coeur la flamme d'une espérance qui ne s'éteint pas... 


samedi 19 mai 2018

Dialogues homilétiques (2)

Six protagonistes plus un étudiant en théologie sont en train de discuter le bout de gras sur ce qu'est la prédication et comment on doit la faire, la penser et la présenter. 

Conteur – Une seconde ! Vous dites que la forme n’a aucune importance ? Mais si les auditeurs ne comprennent rien, la prédication n’a aucun sens !
Pasteur – Moi j’ai une autre objection : si je comprends bien votre citation de Bonhoeffer, vous dites qu’on n’a pas le droit d’avoir des projets pour ses auditeurs ? Est-ce que vous entendez par là qu’il ne faut pas tirer de leçons du texte biblique ?
Héraut – Il ne faut pas oublier que c’est Dieu qui parle dans la prédication. Si c’est le prédicateur, avec des projets pour lui-même ou pour les autres, où est la place de Dieu ? La seule question, c’est de savoir si le sermon est un reflet fidèle de la Bible. Quand j’écris un sermon, j’écoute le texte pour annoncer la Parole, fidèlement et en vérité, à moi-même comme aux autres. Faire des manières pour rendre le sermon plus vivant ou plus convaincant, c’est se méfier du message divin. C’est prétendre que nous pourrions améliorer le langage de Dieu.
Témoin – Vous voulez dire qu’il est interdit de réarranger quelques mots du sermon pour que la Parole de Dieu devienne plus claire ?
Héraut – Pour moi, ce qui compte c’est l’écoute et l’obéissance à la Parole de Dieu. Je suis à son service. J’ai un message à délivrer qui vient d’un autre que moi. Il nous est promis que Dieu est présent lorsque sa parole est fidèlement prêchée et je m’appuie entièrement sur cette promesse. Tout ce que je dois faire, c’est accompagner le chemin de la Parole vers la communauté, comme dirait Bonhoeffer. Ou pour citer Karl Barth, c’est Dieu qui dit le premier et le dernier mot. Le prédicateur a une fonction prophétique : il porte la Parole de Dieu, c’est tout. C’est déjà beaucoup !
Pasteur – Mais enfin, il faut bien que les gens repartent avec des idées précises sur ce qu’ils doivent faire après avoir entendu la Parole de Dieu !
Héraut – Monsieur, vous blasphémez. A mon époque, on n’aurait jamais entendu des choses pareilles de la part d’un prédicateur. La prédication doit avoir du contenu, un contenu profondément biblique et théologique, un contenu vital. Il n’a rien à voir avec des considérations moralistes ou ces petites anecdotes triviales dont les prédicateurs d’aujourd’hui encombrent leur prose ! D’ailleurs c’est ça le problème : ils considèrent que c’est leur prose, et pas celle de Dieu ! Le pire, c’est que certains prédicateurs mesurent l’efficacité de leur prédication au charisme qu’on leur trouve ! Mais soyons clairs : personne n’exclut que la prédication puisse contenir un appel à une décision personnelle de la part de celui qui écoute. Mais cette décision a lieu uniquement entre l'humain et Dieu. Ce n'est pas un élément de la prédiccation. Et il n'est pas question non plus de rendre esthétique la vérité de Dieu, avec des histoires gentillettes, des images ou des effusions sentimentales. Le kérygme, c'est-à-dire l'annonce de la Bonne Nouvelle claire, nette et précise, et rien d’autre, voilà ce que je dis. Ça demande d’être à l’écoute du texte et de Dieu. Ça demande du courage.
Conteur – Vous critiquez les embellissements narratifs. Mais vous ne pouvez pas nier que la Bible a été écrite pour être lue à haute voix. Ce sont des textes qui captivent leur auditoire. Et vous, vous dites que la prédication ne doit s’appuyer sur aucun artifice rhétorique ou aucun effet de style ? Mais c’est le texte biblique lui-même qui est conçu pour toucher les gens ! Ce n’est jamais un message tout cru, un message pur ! 
Moderne – Si vous permettez, messieurs, je pense que vous vous trompez tous les deux...

(à suivre)

vendredi 18 mai 2018

Method+Madness (l'art du déménagement)

- Bon, mon humaine, c'est pas bientôt fini ce bazar ? Quand est-ce qu'on retrouve notre vie normale ?
- Mon chaton, je déteste avoir à te dire ça, mais nous sommes au beau milieu d'un déménagement, et la vie normale n'est pas près de revenir. En réalité, c'est même le but de la manoeuvre. 
- Mais c'est complètement humain !
- Ne sois pas désagréable, je te prie. 
- Mais enfin, tu es en train de me dire que tu ne vas pas remettre mon fauteuil à sa place, ni mon coussin, ni la coupelle où je lappe délicatement, ni...
- Non.
- (...)
- On s'en va, mon chaton. On quitte cette maison pour aller dans une autre. Mais ne t'inquiète pas, j'ai prévu l'emplacement pour ton fauteuil, ton coussin, ta coupelle et tout le reste. 
- Mais c'est fou ! c'est complètement fou ! 
- Mon chaton, je te l'accorde. C'est quitter ce monde pour en découvrir un autre. Lâcher la proie pour l'ombre. Faire le pari qu'on peut vivre aussi de l'autre côté. Ça paraît fou, mais la folie de... 
- Attends une seconde, tu n'en profiterais quand même pas pour faire passer un léger message théologique, des fois ?
- Moi ? mais non. Penses-tu. 
- Je suis outré. 
- Ecoute, penses-y comme ça : nous, on met tout en cartons. On décide des dates, on s'organise pour faire le ménage avant de partir, on prévoit les trajets, les étapes, on s'inquiète pour les choses fragiles, on prend des décisions décisives sur la nécessité de garder des agendas vieux de 20 ans, et puis il y a un moment où il faut lâcher l'affaire et laisser faire. 
- Je suis pas doué pour ça. J'exige ma coupelle immédiatement.
- ... Bon, je vais la chercher. Mais dans une semaine, si tu veux voyager avec elle, tu seras dans le carton. 
(J'ai aussi ressorti le coussin. Et le fauteuil.)

Grâce et paix...