lundi 21 janvier 2019

La liberté d'habiter ta vie

Ecoute, Baruch... Tu t’adresses à un faux Dieu qui te laisserait, lui, faire de grandes choses de ta vie. Mais ce n’est pas ton faux dieu qui te répond. Celui qui te répond, c’est Dieu, Dieu lui-même, qui te donne le seul cadeau possible dans cette vie humaine : ta vie même. Quand le malheur sera passé, tu courras sur le champ de bataille comme tous les pillards – mais la seule chose qu’il te sera donné de prendre, ce n’est pas la richesse, le butin, les restes des hommes tombés à terre et qui pourraient avoir la moindre valeur. Tu ne partiras pas avec des armes, de l’or et des vêtements pillés aux autres. Tu partiras, bien vivant et debout, avec la seule chose qui puisse t’appartenir en propre : ta vie. C’est le Seigneur qui te l’a donnée et qui te la donne, chaque jour à nouveau. A toi, il t’est donné le privilège d’avoir la vie sauve, partout où tu iras. Tu as la vie sauve, Baruch. Tu es sauvé. Ecoute cette Parole qui t’est adressée, et sois vivant. Sois vivant et en marche, aujourd’hui, demain, toujours !

Tu as désormais la liberté d’habiter cette vie qui t’est donnée, pour rien, par grâce. Tu es gracié. Tu es sauvé. Tu es libéré de ces faux dieux auxquels tu sacrifiais ta vie. Tu es libre de vivre, vivant, marchant, partout où tu iras.

Nous sommes tous des Baruch. Nous sacrifions tous aux faux dieux à qui nous attribuons notre malheur. Nous voyons le monde s’émietter autour de nous et nous croyons que nous allons sombrer avec lui. Et nous en appelons à un Dieu de malheur dont nous croyons qu’il nous en veut tellement qu’il nous veut misérables, accablés de douleur. Mais quel Dieu invoquons-nous ? Est-ce un Dieu silencieux et cruel – ou un Dieu qui nous veut vivants, à l’écoute de sa Parole toujours renouvelée ?

Les dieux que nous nous imposons, ce sont des dieux qui disent « tu dois ! ». Quand nous croyons les entendre, nous nous disons « je dois » : je dois faire mieux, je dois aller mieux, je dois avoir de grands projets pour moi-même. Nous entendons « il faut ! ». Il faut changer le monde, il faut faire mieux que le voisin, il faut croire exactement comme il faut, il faut suivre aveuglément ce que nous entendons. Il faut vite ramasser comme butin toutes les richesses qui passent, parce qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait. Il faut être comme il faut.

Mais voyez-vous, un jour ou l’autre, nous pouvons faire le deuil de ces faux dieux, de ces dieux que nous nous imposons, pour rencontrer un Dieu que nous n’avions jamais imaginé.

Le Dieu qui nous parle, celui qui nous parle vraiment, et que nous pouvons vraiment entendre, Dieu nous dit « tu peux ». Tu peux ! Ta vie t’a été donnée. Tu es libre d’agir, libéré de toutes les idoles. Tu peux vivre en sauvé, car ta vie est sauve. Ce n’est plus « tu dois » mais « tu peux » !



vendredi 18 janvier 2019

Ecoute, Baruch !

Parole que Jérémie, le prophète, adressa à Baruch, fils de Nériya, lorsque celui-ci écrivit dans un livre ces paroles, sous la dictée de Jérémie, la quatrième année de Joïaqim, fils de Josias, roi de Juda :
Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël, sur toi, Baruch : Tu dis : « Quel malheur pour moi ! Le Seigneur ajoute le tourment à ma douleur ; je me fatigue à force de gémir, et je ne trouve pas le repos ! » C’est ainsi que tu lui parleras : Ainsi parle le Seigneur : Je rase ce que j’ai bâti, je déracine ce que j’ai planté – tout ce pays. Et toi, tu rechercherais de grandes choses ? Ne les recherche pas ! Car je fais venir le malheur sur tous, – déclaration du Seigneur – mais je te donnerai ta vie pour butin, dans tous les lieux où tu iras. (Livre de Jérémie, chapitre 45)

Le temps où vivent le prophète Jérémie et Baruch, son secrétaire, est un temps troublé. Jérémie passe son temps à annoncer la colère de Dieu à un peuple qui refuse de l’entendre. La catastrophe est aux portes, elle arrive, elle est là. Dans un monde aussi troublé, quoi de bien surprenant à ce qu’un homme, Baruch, se lamente ? Quoi de surprenant à ce qu’il en appelle à Dieu pour cesser de l’accabler de tourments ?

Mais quel Dieu invoques-tu, Baruch ? Quel est ce Dieu à qui tu reproches le malheur qui t’accable ? Tu dis « si seulement Dieu cessait de m’accabler, en plus de tous les coups du sort que je subis déjà, alors je pourrais faire tant de choses ! ». Tu dis que ta vie est un enfer et que tu voudrais être libre du malheur. Tu dis que le monde est contre toi et que Dieu s’en fait le complice. Mais quel Dieu invoques-tu, Baruch ? Celui qui t’empêche d’exister ? Celui qui te condamne au chagrin ? Mais ce Dieu-là ne parle pas, Baruch. Ce Dieu que tu te donnes, il n’est que le reflet de toi-même. Celui qui t’enferme, t’épuise et te condamne. C’est le Dieu silencieux de la mort et du désespoir. Et tu y crois à ce Dieu – tu lui abandonnes ton existence tout entière. Mais est-ce bien le Dieu d’Israël, le Dieu qui parle ? 

Ecoute, Baruch ! Ecoute le Dieu qui parle. Il te parle d’un monde à l’agonie, d’un monde qui se termine. Il te parle d’un monde qu’il tient dans sa main. Demain, Dieu l’annonce, il détruira ce qu’il a semé. Il arrachera lui-même toutes les mauvaises herbes du champ qu’il a ensemencé. Le monde n’a plus de sens, mais Dieu ne se résout pas à laisser le monde dans le chaos. Il recommencera à nouveau, pour trouver à nouveau une terre fertile où sa Parole ne tombera pas en vain. Ce Dieu-là ne cesse jamais de vouloir parler. Il ne cesse jamais de s’adresser à toi, au milieu des ruines, quand tout semble perdu. Ton désespoir est vivace, mais il n’est pas au cœur de ta vie. Au cœur de ta vie subsiste cette Parole qui s’adresse à toi, et rien qu’à toi. Ecoute, Baruch ! 

Jérémie traduit en françois

jeudi 17 janvier 2019

Petit père siffle

- Mon chaton ! Le mimosa est en fleur !
- Ca me fait une belle patte.
- Grumpy, va ! 
- Je ne sais pas de quoi tu parles.
- Et j'ai vu des chatons sur des arbres, aussi.
- Des chatons ? Et pourquoi tu t'intéresses à des chatons ? Je ne te suffis plus, c'est ça ? Dis-le, va. Je ne serai pas vexé.
- Pas vexé, tu es sûr ?
- Mais oui mon humaine. Tu es chrétienne, tu as un grand coeur, tu peux aimer beaucoup de monde, je comprends.
- Mon chaton, mon petit doigt me dit que tu persifles.
- Je ne siffle ni ne persifle, mon humaine, je laisse simplement l'amertume des jours colorer mes paroles.
- Mais enfin, chaton, de quoi s'agit-il au juste ?
- Rien. Rien du tout. 
- Ah. Bien. Au fait, tu sais, c'est les soldes...
- Ah. Passionnant. 
- ... et j'ai vu passer sur un réseau social (désolée, j'ai perdu la trace de qui l'a donnée ainsi à voir au monde) une photo qui m'épate tout à fait.
- Un jeu de mots, je suppose ? Ca a tendance à te dépatter - moi, ça me dépasse.
- Mon chaton, ce n'est pas un bon jour pour que tu fasses des jeux de mots toi-même, si je puis me permettre.
- Tu ne puis, justement.
- Je... Soit. Tu veux savoir ce que c'est, la photo ?
- Pfff...
- OK, puisque tu y tiens tant, la voici : 
- Et c'est supposé être drôle ?
- Mon chaton, ça m'a arraché une belle rigolade en effet, mais tu me connais...
- ... si peu, au fond...
- ... ça finit toujours par me faire cogiter à des choses théologiques, on ne se refait pas...
- ... enfin pas toujours...
- ... et par une association d'idées tout à fait précaire et instable, j'en suis venue à me demander si ça ne dit pas quelque chose sur la prédication.
- Alors ça, je ne sais pas où tu vas le pêcher...
- ... tu vas voir. L'autre jour, j'ai longuement discuté avec une dame qui venait d'apprendre que j'étais pasteure et je crois que ça lui a fait un choc. Elle m'a dit qu'elle avait assisté une fois à un office religieux, pour un enterrement, et qu'elle avait été profondément choquée par la liturgie qui parlait longuement de "Dieu le Père".
- Choquée ? Et quel rapport avec les manteaux mentaux ?
- Et bien elle m'a dit que quand elle a entendu ça, elle n'a pas du tout vu l'image d'un père qui se préoccupe de ses enfants et qui les voit grandir avec joie.
- Non ?
- Non. Elle m'a dit qu'elle, elle avait peur de son père. Et ce qu'elle a entendu, malgré elle, ce jour-là, c'est un message de la part d'un père qui la terrorisait autant que son propre père. Rien que le mot "père" l'empêchait d'entendre autre chose. Et c'était bien malgré elle, parce qu'elle savait très bien, intellectuellement, que ce n'était pas du tout de ça qu'il s'agissait, mais elle ne pouvait pas s'en empêcher.
- Et qu'est-ce que tu as dit ?
- Ca, chaton, c'est entre elle et moi (et Dieu). Mais du coup, je me dis que dans nos célébrations, tous ceux qui sont là entendent des mots qui ont pour eux des résonnances que nous ne voyons pas forcément quand on les prépare et quand on les dit, et que ouvre pour eux des constellations de sens extraordinaires. Tiens, en cette semaine de prière pour l'unité des chrétiens, un catholique et un protestant qui entendra le mot "saint" ne comprendra pas du tout la même chose, mais les célébrants n'en auront pas forcément conscience.
- Et les manteaux, là-dedans ?
- Et bien les manteaux, ça me dit que quand on voit une affiche rigolote sur une vitrine, on peut en rire, on peut même se moquer, mais au moins ça ouvre des avenues de sens, on ne reste pas figé sur le mot. En matière de religion par contre...
- Mon humaine ?
- Mon chaton ?
- Tu réalises que ça fait bien vingt minutes que tu dis des choses ?
- Voui ? Et ?
- Et ça fait vingt minutes que je suis assis là. A côté de ma gamelle. Vide.
- Et... Oooooh. 
- Oui.
- Tu es en train de me dire que faire des noeuds de mots et d'idées c'est bien beau, mais que si on n'a pas les yeux à ce qu'on fait, ça ne sert à rien.
- Si c'est comme ça que tu comprends le message, oui, c'est ça que je dis.

Tardar Sauce

mercredi 16 janvier 2019

Les idoles

Finalement le Seigneur ton Dieu te livrera ces peuples ; une grande panique les saisira et les conduira à leur perte. Il livrera leurs rois en ton pouvoir et tu effaceras jusqu'à leur nom sur la terre ; aucun d'entre eux ne tiendra devant toi, tu finiras par les supprimer tous. Alors vous brûlerez les statutes de leurs dieux. Ne te laisse pas tenter par leur revêtement d'or ou d'argent, ne les prends pas pour toi, car le Seigneur ton Dieu juge cela abominable ; ce butin ferait ton malheur. Qu'aucune idole de ce genre ne soit introduite dans ta maison. Si c'était le cas, tu mériterais d'être détruit avec elle. En effet, de tels objets doivent être complètement détruits, tu dois les détester, les avoir en horreur. (Deutéronome 7,23-26)

Le peuple d'Israël, libéré de l'esclavage, a traversé le désert et se tient à la frontière du pays promis par Dieu. Moïse, qui a reçu les instructions de la part de Dieu sur la suite des événements, rapporte ces paroles au peuple. Il sait déjà que, lui, il n'entrera pas en terre promise, pour une sombre histoire d'ordres qui n'ont pas été suivis par des hommes du peuple sous sa responsabilité. Pour le peuple à qui Moïse transmet les instructions, il s'agit de marcher droit et de ne pas oublier ce qui a permis cette chose extraordinaire, sur le point de se produire : ce peuple en déroute, ces quelques migrants, enfants de migrants qui étaient eux-mêmes les enfants d'esclaves, se voit offrir par Dieu une terre où ils pourront vivre en paix. Hélas, la paix n'est pas pour tout de suite. Il va falloir se battre contre ceux qui sont déjà là, avec l'aide de Dieu certes, mais enfin, c'est la guerre qui va inaugurer l'entrée en terre promise. La guerre et l'ordre de faire disparaître tout ce qui risquerait de pervertir la foi du peuple d'Israël. 
Pourquoi ? A cause de l'orgueil. Parce que dans le confort, dans l'abondance, on oublie la libération qui a permis d'accéder à ce confort et à cette abondance. On finit par croire que si on a tout ça, c'est parce qu'on le méritait bien. Ou parce qu'on l'a gagné. Jésus reprochait aux Pharisiens leur orgueil, eux qui mettaient leur fierté dans leur piété et dans leur apparence, en oubliant qu'à l'intérieur, ils étaient aussi déglingués que les autres, aussi dépendants de la grâce imméritée. Ils s'étaient installés dans le confort de leur certitude d'être dans le vrai par eux-mêmes. 
Le peuple d'Israël court le risque de se confier à Dieu au moment où il en attend tout, pour aussitôt l'oublier lorsqu'il sera installé. Il court le risque d'oublier qu'il est toujours rebelle, dans le besoin comme dans le confort. En ce sens, oui, oublier, c'est disparaître. 
Se souvenir du Dieu libérateur, c'est refuser de se rendre esclave d'autre chose. Inversement et pour la même raison, dans d'autres passages du Deutéronome, se souvenir du Dieu libérateur, c'est aussi refuser de rendre esclaves les plus faibles, les orphelins, les veuves, les immigrés. 
Quelles sont, pour nous, dans le monde qui est le nôtre, ces idoles qui représentent ce qu'il faut refuser ? Que faudrait-il avoir en horreur ? Quel butin pourrait-il faire notre malheur ? Nous aimons les idoles, elles nous rassurent. Mais au fond, elles sont le symbole de notre oubli... 

lundi 14 janvier 2019

Prédestination

- Mon humaine, t'es protestante ?
- Oui chaton.
- Alors tu crois à la prédestination ?
- La prédestination n'est pas un objet de foi, c'est une façon de dire ce qu'est la foi.
- Mais tu y crois ?
- Ca n'a pas de sens de dire ça. Je comprends pourquoi c'est une notion qui a surgi régulièrement au cours des siècles dans l'histoire de l'Eglise.
- Ah, et pourquoi ?
- Parce que c'est une façon simple de dire que l'être humain n'a aucun moyen de se gagner son paradis tout seul à la force de ses petits bras.
- Et tout le monde n'est pas d'accord là-dessus ?
- Personne n'est d'accord là-dessus ! Personne n'y croit véritablement ! La grâce gratuite, c'est un scandale et une folie...
- ... comme dirait Paul, oui je sais. On a déjà eu cette conversation. Souvent.
- C'est pour ça que c'est un objet de foi, de confiance, et pas un savoir. On ne peut jamais le savoir, on peut seulement l'espérer, au sens le plus vaste et le plus beau de l'espérance.
- Mais au cours de l'histoire...
- ... au cours de l'histoire, il y a eu comme des cristalisations de la position opposée, selon laquelle, si, on peut se payer son paradis.
- Les indulgences ?
- Les indulgences par exemple. La pièce sonne dans la boîte et une âme s'envole du purgatoire, c'était la promesse, oui. Mais au nom de quoi on peut prédire à la place de Dieu le destin d'une âme humaine ? Les réformateurs se sont radicalement opposés à l'idée qu'on pourrait décider à la place de Dieu du salut des âmes, ou pire, acheter auprès de l'Eglise le salut d'une âme. Calvin a formulé la doctrine de la prédestination pour dire fortement que l'Eglise n'est pas là pour dire qui est sauvé et qui ne l'est pas : ça revient strictement à Dieu, et c'est inconnaissable par les humains. Et étrangement, c'est très rassurant : si la question du salut de ton âme est déjà réglée, ça t'évite bien des tourments sur ce que tu pourrais bien faire pour y changer quelque chose. Tu peux consacrer ton temps, ton argent, ton énergie et ta vie à d'autres choses. Sauf que, forcément, on se souvient de la doctrine de la prédestination comme d'une menace qui pèse sur notre salut... si tout est décidé d'avance, alors à quoi sert de vivre ? La ligne de partage entre ces deux positions, elle est dans le coeur de chaque être humain... 
- Alors ça n'est pas la signature des protestants ?
- Tu sais, au risque de sembler un peu blasée sur la question, je crains qu'une bonne partie des protestants ne sache pas au juste de quoi il s'agit de nos jours. 
- Mais c'est important ? 
- C'est important de comprendre qu'on hérite de notre façon de parler de la foi. C'est important de ne pas se laisser prendre au piège de la croyance en une foi pure, qui n'aurait pas besoin de théologie pour se dire, ou d'une Eglise qui administre simplement le quotidien sans jamais se poser la question de ce qu'elle dit et pourquoi elle le dit ainsi. Et puis, réfléchir, souvent, ça évite d'avoir peur... 
- Peur ? de quoi ? pourquoi ?
- Parce qu'il y a une façon de vivre sa foi qui cherche la menace la plus grande, comme s'il y avait une sorte de fascination à croire le pire de la part de Dieu. Quand tu es pasteur, c'est souvent tout l'enjeu : aider autrui à se dépétrer de sa peur. 
- C'est possible ?
- C'est un chemin... C'est très beau, quand ça arrive.

Lelio Orsi, Le chemin d'Emmaüs

vendredi 11 janvier 2019

La nuit, tous les chats

- Mon humaine, il y a une chose que je ne comprends pas...
- Une seule ? tu en as, de la chance.
- Pourquoi vous autres les humains, vous avez peur d'être en dette ?
- Mais mon chaton, c'est tout simple : parce qu'une dette pèse sur l'avenir.
- Je ne comprends pas.
- C'est simple : il y a deux façons d'envisager l'avenir. Soit tu considères que c'est un plan tout tracé pour toi qu'il n'y a plus qu'à accomplir - soit tu penses que c'est une page blanche sur laquelle tout reste à écrire.
- Mioui ?
- Et bien il arrive qu'on sente peser sur soi une dette comme quelque chose qui pré-écrit la page. Ca fait porter une ombre sur l'avenir, une ombre qui vient du passé.
- Et c'est pas bien ?
- Ca dépend comment tu le vis, je suppose...
- Vous et l'argent, je comprendrai jamais.
- C'est parce que tu n'as pas de poches, mon chaton.

(c) PRG

mercredi 9 janvier 2019

Nous vivons de ce que nous n'avons pas gagné

L'Eglise est cet administrateur malhonnête, qui gère les biens de Dieu. Elle ne les possède pas et elle les dilapide. C'est d'ailleurs son être même, et sa fonction...
En ce sens, il n'est pas étonnant que le Seigneur s'en réjouisse. L'Eglise n'est pas là pour se montrer la propriétaire de la grâce de Dieu, mais pour l'annoncer, la mettre en mots, en oeuvre, en route... la dilapider... 
Lorsque quelqu'un s'approche et se sent en dette envers Dieu, il revient à l'Eglise d'annoncer que cette dette relève de l'imaginaire, car les biens de Dieu ne nous mettent pas en dette, ils nous ouvrent un horizon nouveau. 
Je dis l'Eglise, mais je devrais plutôt dire qu'il s'agit de chacun, individuellement, aussi. Personne ne peut se faire le maître de Dieu, le possesseur des biens de Dieu. Chacun en vit, par-delà toute mesure, sans le mériter. D'une certaine façon, c'est du vol... mais c'est bien. C'est ainsi. Ce dont je vis, je ne l'ai pas gagné ! 
Soyons malhonnêtes envers les biens de Dieu, car si nous faisons semblant d'être honnêtes, de les mériter, c'est alors que nous les volons... Se montrer intelligents au regard de Dieu, c'est ne pas craindre de vivre de ce que lui prenons, c'est ne pas craindre de distribuer largement ce que nous avons ainsi pu avoir, qui n'est pas à nous. Ce qui passe ainsi à travers nous, jamais nous ne le possédons. C'est ainsi. Et c'est bien.