lundi 21 août 2017

Parafout'bole

- Dis-moi, mon chaton...
- Mmmmiiioui ?
- Miiaaaah ?
- Oui. D'un exégète, qui dit que les talents, il ne faut pas les entendre comme la langue française les désigne.
- ???
- Oui, en français, un talent, c'est la capacité de quelqu'un à faire quelque chose de particulier. En gros.
- Miiioui ?
- Lui, il rappelle qu'en grec, le mot n'a pas du tout ce sens-là. D'ailleurs, dans la version de Luc, il ne s'agit même pas d'un talent, mais d'une mine. Chez Matthieu, le mot utilisé, c'est talanton, ou talanta au pluriel, dérivé d'un verbe qui signifie "porter". En réalité, le talent n'était justement pas une monnaie portable, comme une pièce qu'on glisserait dans une poche. Ca, c'était plutôt la drachme, qui correspondait au salaire d'un ouvrier pour une journée. Une mine valait 100 drachmes. Le talent valait 6000 drachmes, c'est-à-dire vingt années de travail environ. Celui des trois qui avait reçu une mine, et à plus forte raison un talent, n'avait donc pas de quoi se plaindre : c'était une fortune ! Et lui est allé enterrer cet argent (métaphoriquement, parce que pour enterrer une telle somme en monnaie il aurait fallu une pelleteuse). Tu ferais quoi, toi, si on te donnait l'équivalent de vingt ans de salaire?
- Je suis un chat. Les croquettes, ça pousse pas dans les champs.
- Oui, pardon. Alors moi, je ferais quoi ? en fait comme ça, je ne peux même pas répondre, parce que j'en aurais pour des jours et des semaines à rêver à ce que je pourrais faire avant de faire quelque chose, mais ce qui est sûr, c'est que ça m'ouvrirait des perspectives effarantes sur l'avenir ! Lui, non, ça ne le fait pas rêver, ça lui fait peur. 
- Mais il est fou, ce maître, non ? ... pfffhiihihi...
- Qu'est-ce qui te fait rire ?
- J'imagine la tête des gens bien pensants qui voudraient exiger des "bénéficiaires" des minimas sociaux qu'ils rendent compte de ce qu'ils en font... ils devraient un peu lire la Bible, tiens ! 
- Mais d'où tiens-tu ta connaissance des rouages de l'humanité, mon chat ? 
- Je me tiens au courant de l'actualité.
- Ah. Ca promet.
- Miooui. Bon, et après, avec ta fortune, là ?
- Oui. Alors cette fortune, c'est ce qui met en route l'imagination, l'émerveillement, l'ouverture de tous les horizons et de toutes les audaces. La parabole nous dit que c'est une fortune inimaginable qui est donnée par Dieu à chacun, quelque chose qui n'a pas de prix, un trésor qu'il se risque à confier. Et pour chacun, tout l'enjeu est de réaliser l'immensité du cadeau, sans en avoir peur pour autant. Quand on n'a pas confiance, on a peur d'être jugé : si on n'a pas confiance en Dieu, on aura peur de faire des bêtises avec ce qu'il nous confie, et on préférera faire comme si on ne l'a jamais reçu.
- C'est paradoxal, non ?
- Quoi ? de faire comme si on ne l'a pas reçu ?
- Ben oui. M'a tout l'air que c'est ça, le jugement.

Philippe Priasso, duo pour danseur et pelleteuse





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